Le conte naturel de Charlotte Audoynaud

« Mes séries sont des microterritoires, avec un espace-lieu et à un espace-temps assez précis, mais hors du temps ». Charlotte Audoynaud, née en 1986, décrit ainsi le coeur de son travail. A l’origine de cet univers visuel et textuel poétique, ce sont des vacances en famille.

Des retrouvailles qui se tiennent rituellement dans des lieux isolés et sauvages, depuis la disparition d’un être cher. La photographe n’a, depuis lors, de cesse que de photographier ceux qui sont autour, représenter les absents par leur présence et faire vivre les vivants. Son cadre est romantique, et les enjeux de la société contemporaine sont oubliés un instant, au profit de l’abandon de soi, du calme, de l’épanouissement de l’être dans le lien qu’il noue avec la nature. C’est finalement un nouveau monde intime qui s’offre à voir, peuplé de sujets-corps singuliers mais anonymes, devenant ainsi universels, tel un conte imagé, qui s’écrit au fil du temps et évolue. La micropopulation s’agrandit avec l’arrivée d’enfants, perpétuant inconsciemment la tradition de cette réunion et nourrit le récit de Charlotte Audoynaud. Des fragments d’éléments naturels devenant des fragments de vie, voici le théâtre de ses mises en scène, dont l’approche est décidément instinctive.

Les personnages de son conte évoluent dans « des espaces restreints que l’on expérimente ensemble, précise-t-elle, avec une relation intime aux lieux, même s’ils n’ont été traversés que quelques instants ». Le temps d’un été.

« Composer un ailleurs avec ce qui nous est proche ». C’est peut-être celui-ci le conte que l’artiste défend, celui d’un monde imaginaire créé non pas pour remplacer la réalité, mais peut-être pour l’adoucir ou traduire des émotions autrement.


Léonor MATET / 2022

in : la revue d’art contemporain en ligne, Lacritique.org

Le bruit des orgues / exposition Charlotte Audoynaud

Un podcast poétique à écouter.

Une exposition mensuelle était en cours sur les murs de COEF 180, la zone blanche. Charlotte Audoynaud y exposait ses clichés, capturés en Ardèche, lors d'un certain été 2020. On pourrait croire à un poème délicat et juste, se sont le nom des séries de clichés de Charlotte Audoynaud, photographe et vidéaste, elle vous invite au voyage. Ce n'est pas seulement un oeil qui capture l'éphémère, elle est de ces personnes qui n'écrivent pas, elle vous invite à danser avec elle. Le bruits des orgues, vous n'étiez pas près, vous n'aviez pas encore enfilé votre plus beau costume que vous vous trouvez déjà emporté parmi la foule, à tourner autour de ses notes, ses mots, enveloppés de ses couleurs. Tantôt mélancolie, tantôt tendresse, tantôt trop tôt mais temps qui passe. Les clichés de Charlotte m'ont transmis une grande inspiration, à plein poumons. Souvent et presque tout le temps, la plume de sa soeur Mathilde rejoint le bal, elles gravitent ensemble autour de lettres et syntaxes, en plein apesanteur elle vous saisit. Elles y ont déposé une attention tout particulière, car oui, si vous vous aventurez dans la lecture de ces versets, vous y rencontrerez la plume légère de Mathilde, le savant mélange amer et sucré d'un temps déjà passé, là, derrière. c'est inévitable, quand Charlotte parle du futur incertain, elle nous parle bien du présent qui le forme seconde après seconde.
L'intention, c'était de construire un projet autour de son exposition Le bruit des orgues, et j'ai rencontré Charlotte, et nous avons échangé sur son travail, plusieurs fois, et je pense avoir compris quelque chose, autre chose. J'ai parcouru Le bruit des orgues dans l'intention de les entendre, la plume de Mathilde m'a indiqué le chemin, et j'y ai découvert Charlotte. Cachée derrière son orgue, elle compose et s'amuse des siens, nous assistons là à une pièce de théâtre improvisée.

Perle MORDAN / 2021

in : Agitation Podcast, Soundcloud

(...)Le nouveau format des Zones blanches est inauguré par le travail de la photographe Charlotte Audoynaud. Formée à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, l’artiste développe un travail poétique et sensible, construit autour de l’humain et de son lien, presque animal, à la nature. Entre infinie nostalgie, construction paysagère et présence du corps, son exposition « Le bruit des orgues » propose un voyage intime et sauvage à travers le temps et la nature. Les orgues en question font référence aux orgues basaltiques de Jaujac, en Ardèche, que les photographies de Charlotte Audoynaud font murmurer dans les rues malouines, le temps d’une exposition.

Emmanuelle BORDURE-AUFFRET / 2021

in : rubrique web, Le télégramme

 « Je développe ma pratique photographique entre récit personnel et fiction. Je capte des instants de vie, des lieux parcourus au quotidien. Je cherche par le cadrage, la lumière ou des mises en scène éphémères à constituer des séries oniriques où la frontière entre le réel et le rêve est infime », raconte Charlotte Audoynaud, photographe et vidéaste. Diplômée des Beaux-Arts, l’artiste réalise des séries intimes et sensibles, semblables aux entrées d’un journal intime. L’être instable, projet né durant le confinement, s’inspire de « la promiscuité extrême, presque étouffante, entre les êtres ». Tentant désespérément de renouer avec une nature lointaine, la photographe met en scène ses enfants à côté d’éléments trouvés au coeur de leurs quelques excursions urbaines. Une collection d’images ludiques et délicates.

 

Lou TSATSAS / 2020

in : rubrique web, Les coups de coeur #302, Fisheye Magazine

Les mises en scènes photographiques de Charlotte Audoynaud semblent coupées du monde, des espaces et des histoires du quotidien que nous connaissons. Les rapports de hiérarchie entre les adultes et les enfants s'effacent, ils sont personnages égaux et inventent de nouveaux liens familiaux dans une nature grandiose, initiatique et originelle. La figure maternelle est incarnée tantôt par des personnages, tantôt par la nature elle-même. Charlotte, devenue mère à son tour en 2013, formalise avec ses images, certains sentiments intrinsèques à la maternité, qu'on peine parfois à exprimer dans un quotidien domestique. Ses séries ponctuent le temps qui passe à travers des portraits, des récits d'aventures, à l'instar d'un album de photos de famille. Le temps est un enjeu crucial dans ses photographies. Il est celui qui fait grandir nos enfants et mourir nos parents; mais ici, chacun semble éternel. Son traitement du temps et du portrait sublime la peur de se voir mort ou bloqué dans une image que provoquaient les premiers portraits popularisés au 19e siècle. Devenir immortel dans une photographie de Charlotte, est une invitation à l'errance dans un monde candide, que l'on n'a plus envie, même une fois adulte, de laisser filer.

Alice DELANGHE / 2020

La conscience est continue, c’est une rivière qui coule constamment sans point ­d’arrêt. Le lâcher prise, faire confiance à nos sens plutôt qu’à nos pensées qui divaguent sans fins, nous permet de vivre en harmonie avec le monde qui nous entoure. En étant là dans le temps véritable qu’est le présent, nous prenons la décision de nous laisser ­flotter dans l’écoulement de la rivière. C’est une volonté de se laisser naviguer par les choses autour de nous, la ­sensation de la roche sous nos pieds, des feuilles s’entremêlant dans nos ­cheveux, de la douceur de l’eau qui apaise notre corps. Le choix du silence, décider de ne plus écouter nos ­pensées, mais de faire confiance à notre corps et le monde extérieur où il est en mouvement.
 
Mathilde AUDOYNAUD / 2020

 Nous sommes des êtres impermanents, qui vivons dans un monde qui change constamment. Le temps nous ­emprisonne et nous entraîne vers une finalité inévitable. ­Le changement est une notion angoissante de notre vie au point que nous ne ­pensons plus au temps présent, mais au futur incertain. Les enfants regardent les choses ­autour d’eux, ils observent le ­mouvement de la vie et s’émerveillent. Ils comprennent que nous ne sommes pas séparés de la nature, du monde extérieur qui nous entoure. Ils ­embrassent les choses simples, s’immergent dans le vrai temps, le présent. Les petits êtres voient les choses de manière claire et distincte, ils acceptent ­l’impermanence des choses.

Mathilde AUDOYNAUD / 2020

Déjà, les jours rallongent. Une faible lueur commence à poindre dans les pièces aux murs blanchis par l'homme et jaunis par le temps. Le clair obscur est ici une ode à l’éternel recommencement ; où l'hiver, sombre et morne laisse place à un printemps plus lumineux et vivant. Il dépeint également une ambivalence : une temporalité permanente. Celle de la Terre immuable et majestueuse et la nôtre, nous renvoyant inlassablement à notre condition d'Homme, simple passager sur Terre.

Alexandre BERTRAND / 2019