Nous existons dans le monde, car nous sommes avant tout des corps en mouvement. Notre corps est la corde sensible qui nous permet de nous relier au monde naturel, de nous mettre en relation avec les autres. Nous naviguons entre différents espaces, nous dialoguons avec différents corps, toutes les entités que nous rencontrons dans nos existences constituent qui nous étions, qui nous sommes et qui nous allons devenir. Notre corps est le point d’ancrage qui nous permet de nous imprégner de ce monde extérieur. Les corps sont singuliers, instables, indéfinis, ils ont tous une manière particulière de s’imprégner du monde, mais pourtant nous vivons tous dans un même monde dans lequel il est impossible d’en sortir. Ce partage d’un même monde fait de nous des êtres relationnels, nous vivons dans un environnement avec les autres que cela soit des humains, des non humains, ensemble nous formons un tout. Si nous oublions le monde, si nous créons une frontière entre nous et les autres, alors nous allons devenir des corps vides, qui errent sans but.
 

Mathilde AUDOYNAUD, philosophe / 2021

Les mises en scènes photographiques de Charlotte Audoynaud semblent coupées du monde, des espaces et des histoires du quotidien que nous connaissons. Les rapports de hiérarchie entre les adultes et les enfants s'effacent, ils sont personnages égaux et inventent de nouveaux liens familiaux dans une nature grandiose, initiatique et originelle. La figure maternelle est incarnée tantôt par des personnages, tantôt par la nature elle-même. Charlotte, devenue mère à son tour en 2013, formalise avec ses images, certains sentiments intrinsèques à la maternité, qu'on peine parfois à exprimer dans un quotidien domestique. Ses séries ponctuent le temps qui passe à travers des portraits, des récits d'aventures, à l'instar d'un album de photos de famille. Le temps est un enjeu crucial dans ses photographies. Il est celui qui fait grandir nos enfants et mourir nos parents; mais ici, chacun semble éternel. Son traitement du temps et du portrait sublime la peur de se voir mort ou bloqué dans une image que provoquaient les premiers portraits popularisés au 19e siècle. Devenir immortel dans une photographie de Charlotte, est une invitation à l'errance dans un monde candide, que l'on n'a plus envie, même une fois adulte, de laisser filer.

Alice DELANGHE, artiste / 2020

(...)Le nouveau format des Zones blanches est inauguré par le travail de la photographe Charlotte Audoynaud. Formée à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, l’artiste développe un travail poétique et sensible, construit autour de l’humain et de son lien, presque animal, à la nature. Entre infinie nostalgie, construction paysagère et présence du corps, son exposition « Le bruit des orgues » propose un voyage intime et sauvage à travers le temps et la nature. Les orgues en question font référence aux orgues basaltiques de Jaujac, en Ardèche, que les photographies de Charlotte Audoynaud font murmurer dans les rues malouines, le temps d’une exposition.

Emmanuelle BORDURE-AUFFRET, journaliste / 2021

in : rubrique web, Le télégramme

 « Je développe ma pratique photographique entre récit personnel et fiction. Je capte des instants de vie, des lieux parcourus au quotidien. Je cherche par le cadrage, la lumière ou des mises en scène éphémères à constituer des séries oniriques où la frontière entre le réel et le rêve est infime », raconte Charlotte Audoynaud, photographe et vidéaste. Diplômée des Beaux-Arts, l’artiste réalise des séries intimes et sensibles, semblables aux entrées d’un journal intime. L’être instable, projet né durant le confinement, s’inspire de « la promiscuité extrême, presque étouffante, entre les êtres ». Tentant désespérément de renouer avec une nature lointaine, la photographe met en scène ses enfants à côté d’éléments trouvés au coeur de leurs quelques excursions urbaines. Une collection d’images ludiques et délicates.

 

Lou TSATSA, journaliste / 2020

in : rubrique web, Les coups de cœur #302, Fisheye Magazine

La conscience est continue, c’est une rivière qui coule constamment sans point ­d’arrêt. Le lâcher prise, faire confiance à nos sens plutôt qu’à nos pensées qui divaguent sans fins, nous permet de vivre en harmonie avec le monde qui nous entoure. En étant là dans le temps véritable qu’est le présent, nous prenons la décision de nous laisser ­flotter dans l’écoulement de la rivière. C’est une volonté de se laisser naviguer par les choses autour de nous, la ­sensation de la roche sous nos pieds, des feuilles s’entremêlant dans nos ­cheveux, de la douceur de l’eau qui apaise notre corps. Le choix du silence, décider de ne plus écouter nos ­pensées, mais de faire confiance à notre corps et le monde extérieur où il est en mouvement.
 

Mathilde AUDOYNAUD, philosophe / 2020

 Nous sommes des êtres impermanents, qui vivons dans un monde qui change constamment. Le temps nous ­emprisonne et nous entraîne vers une finalité inévitable. ­Le changement est une notion angoissante de notre vie au point que nous ne ­pensons plus au temps présent, mais au futur incertain. Les enfants regardent les choses ­autour d’eux, ils observent le ­mouvement de la vie et s’émerveillent. Ils comprennent que nous ne sommes pas séparés de la nature, du monde extérieur qui nous entoure. Ils ­embrassent les choses simples, s’immergent dans le vrai temps, le présent. Les petits êtres voient les choses de manière claire et distincte, ils acceptent ­l’impermanence des choses.

Mathilde AUDOYNAUD, philosophe / 2020

Déjà, les jours rallongent. Une faible lueur commence à poindre dans les pièces aux murs blanchis par l'homme et jaunis par le temps. Le clair obscur est ici une ode à l’éternel recommencement ; où l'hiver, sombre et morne laisse place à un printemps plus lumineux et vivant. Il dépeint également une ambivalence : une temporalité permanente. Celle de la Terre immuable et majestueuse et la nôtre, nous renvoyant inlassablement à notre condition d'Homme, simple passager sur Terre.

Alexandre BERTRAND / 2019

© 2021 Charlotte Audoynaud