Nous sommes perdus

 

L'oubli de l'aurore

Nous sommes perdus est une errance en plusieurs actes, où se croisent dans une nature englobante des corps égarés, absorbés. Ce sont des proches, des ­individus dispersés, esseulés qui ­constituent à la fois un groupe uni et désuni. Seule la figure du père est absente. Il est l’élément manquant qui rassemble. La nature apparaît comme un terrain de jeu, avec ses chemins sans but, ses zones obscures et ­abruptes, ses ­lumières découpées et ses horizons bouchés. C’est le long de ces ­marches dans ces paysages à la fois inquiétants et ­troublants où se construisent les imaginaires, que se tisse la trame de cette série, le temps d’une fuite sans issue. Des bribes dispersées d’éléments naturels se mêlent à ces corps, pour esquisser une cartographie floue où ­le manque et la solitude en ­façonnent les frontières.


L'Acte 3 de ce projet est un territoire rocheux, froid, brut, abrupt à gravir. Sur la roche ­noircie par la pluie, les mousses jaunâtres et les ­algues sombres s’agrippent. La lumière façonne le relief et les êtres humides. A l’arrêt, ces femmes et ces hommes ­s’inscrivent dans une inertie passagère floue. ­Absorbés, les visages et les regards s’affirment alors que les corps inertes semblent se mêler aux éléments, par un jeu de camouflage coloré et miroitant. On ­devine les yeux clairs, les rides creusées, les cheveux détrempés. Ici les contextes sociaux, ­géographiques, et ­temporels sont indéterminés. Les corps ne sont que chair et souffle, vie. Dans l’ombre, les échelles et le relief s’effacent pour laisser place à un environnement abstrait et ­transitoire, ayant comme seul horizon une mer ­toujours trouble. Un territoire âpre et glissant qui s’envisage en un huit clos silencieux de figures et de roches. Stoïques, ils supposent la mer.

 

hiver début 2020

© 2020 Charlotte Audoynaud