Nous sommes perdus

 

L'oubli de l'aurore

Nous sommes perdus est une errance en plusieurs actes, où se croisent dans une nature englobante des corps égarés, absorbés. Se sont des proches, des ­individus dispersés, esseulés qui ­constituent à la fois un groupe uni et désuni. Seule la figure du père est absente. Il est l’élément manquant qui rassemble. La nature apparaît comme un terrain de jeu, avec ses chemins sans but, ses zones obscures et ­abruptes, ses ­lumières découpées et ses horizons bouchés. C’est le long de ces ­marches dans ces paysages à la fois inquiétants et ­troublants où se construisent les imaginaires, que se tisse la trame de cette série, le temps d’une fuite sans issue. Des bribes dispersées d’éléments naturels se mêlent à ces corps, pour esquisser une cartographie floue où ­le manque et la solitude en ­façonnent les frontières.


L'Acte 3 de ce projet est un territoire rocheux, froid, brut, abrupt à gravir. Une roche ­noircie par la pluie où les mousses jaunâtres et les ­algues sombres s’agrippent. Dans l’ombre les échelles s’effacent dessinant les contours d'un environnement abstrait, ayant comme seul horizon une mer ­toujours trouble. A l’arrêt, les êtres humides se mêlent aux éléments et ­s’inscrivent dans une inertie passagère. On ­devine les yeux clairs, les rides creusées, les cheveux détrempés. Stoïques, ils supposent la mer.

 

hiver début 2020

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 Je l'ai vu, elle.

Elle a craqué l'allumette,

le bleu éphémère de la flamme,

les pieds dans l'eau glacée rougis,

et dans sa main le coquillage percé.

 

Elles ont sauté trop loin

le poids du corps sur le sable

qui craque.

 

Nous avons marché le long

longé le brun sombre du récif

le miroir de l'eau en creux

et le lichen, encore, le jaune.

 

L'algue s'accroche à la roche

elle le regard noir, le sable collé aux jambes

dans l'attente infini d'un absent disparu.

Entre les pierres le turquoise et le pourpre se mêlent

paysage miniature d'un horizon trop court.

 

Devant, l'eau trouble des tourbillons rosés,

elle est cachée derrière.

Effacés, il ne reste que le vert lisse au centre.

Elle a regardé devant, elle non.

Le mur était trop grand

et le ciel trop haut.

Il a plu sur la mer. 

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© 2021 Charlotte Audoynaud